Le Tour de France est né en 1903. Il a été créé par Henri Desgrange (ancien coureur cycliste) le directeur du journal L’Auto, journal qui en dépit de son nom s’occupait de cyclisme et qui au travers de l’organisation d’une course cycliste s’est efforcé d’accroître sa diffusion. Desgrange défend les valeurs de la République (solidarité, éducation…), valeurs qui seront reprises par son successeur Jacques Goddet (Directeur de L’Auto à partir de 1931).
Le Tour connait des débuts difficiles car l’édition de 1904 est entachée de tricheries et d’irrégularités (des clous sont même déposés sur la chaussée par des spectateurs mécontents), mais le Tour de France finira par s’imposer comme un événement sportif de premier plan soutenu par les pouvoirs publics qui y voient une sorte d’hymne à la jeunesse et à la vitalité du pays, une source d’énergie positive.
Après la Seconde Guerre mondiale, le journal L’Auto est sanctionné pour avoir continué à publier sous l’Occupation. Il est mis sous séquestre et interdit de publication. Son directeur, Jacques Goddet, est néanmoins autorisé à relancer un journal sportif : c’est la naissance de L’Equipe, journal qui va – avec le soutien d’Emilien Amaury, créateur du Parisien Libéré – reprendre l’organisation du Tour de France. Amaury détient alors 50% du Tour. En achetant l’Equipe en 1965, son groupe de presse devient le propriétaire de la prestigieuse course cycliste.
Le Tour ne serait pas ce qu’il est sans les étapes de montagne. Il est décidé en 1910 de faire passer la course par le col du Tourmalet au cours de la grande étape Luchon/Bayonne (300 km) ; Octave Lapize (un des plus grands cyclistes de sa génération) passe le col en tête et lance lapidairement et sur un ton rageur aux organisateurs : « Vous êtres des assassins ! ». D’autres cols ou sommets suivront : le col du Galibier, le col de l’Izoard ou le Mont Ventoux. D’autres coureurs vont s’affirmer comme des grimpeurs de premier plan à l’image de l’espagnol Federico Bahamontès (« l’Aigle de Tolède »), du britannique Christopher Froome (« Monsieur 500 watts ») ou du colombien Nairo Quintana (surnommé « El Condor de los Andes »). Tous font partie des grimpeurs légendaires du Tour de France.
| Eddy Merckx Comparé à Jack Palance, pour sa ressemblance physique avec l‘acteur américain du film Dracula, surnommé le « cannibale » et l’« ogre de Tervuren », pour souligner sa soif de victoires, le cycliste belge Eddy Merckx, originaire du Brabant flamand, a remporté cinq fois le Tour de France (de 1969 à 1974) et au total plus de 600 courses au cours de sa carrière. Il est considéré comme le meilleur coureur de tous les temps. |
La course fonctionne selon des principes facilement compréhensibles par tous : une vingtaine d’équipes composées de huit coureurs défendent la marque de leur sponsor (Groupama-FDJ, Red Bull, Decathlon-AG2R, Ineos, UAE Emirates, Arkea-B&B Hotels, Astana…). A la fin de chaque étape, les temps réalisés par chaque coureur sont additionnés à leurs temps précédents. Le participant qui a le total global le plus faible porte le maillot jaune.
Certaines étapes se déroulent au coeur du patrimoine culturel de la France, à l’image du contre-la-montre individuel 2024 entre Nuits Saint Georges et Gevrey Chambertin. L’histoire ne dit pas si les coureurs ont eu droit à un verre de vin rouge à l’arrivée !
Ce sont les caméras et la retransmission télévisuelle qui vont donner au Tour de France, dans les années 1950/60, une nouvelle dimension. Comme le dit Christian Prudhomme (actuel patron du Tour) dans une interview au magazine Historia : « La télévision a fait entrer les paysages dans la course. Au fil des ans, les téléspectateurs sont passés du visage et des jambes des champions aux panoramas qui magnifient leurs exploits. »
A partir de la fin des années 1980, sous l’impulsion de Jean-Marie Leblanc, le Tour de France s’efforce de s’éloigner de son image de « foire commerciale » et de s’appuyer sur un nombre restreint de sponsors plus engagés financièrement (Cofidis, Groupama-FDJ, AG2R Citroën…), formant un « club des partenaires ».
| Années | Nom | Parcours |
| 1903-1935 | Henri Desgrange | Coureur cycliste, journaliste, fondateur du journal L’Auto |
| 1936-1987 | Jacques Goddet | Journaliste sportif, Directeur de L’Auto et créateur de L’Equipe |
| 1989-2006 | Jean-Marie Leblanc | Coureur cycliste, chef de la rubrique « cyclisme » dans le journal L’Equipe |
| depuis 2007 | Christian Prudhomme | Journaliste sportif dans divers médias, notamment L’Equipe |
Les Directeurs du Tour de France
Cette course cycliste par équipes occupe une place particulière dans l’imaginaire collectif des Français. La « Grande Boucle » n’a cessé de gagner en popularité et est devenue au fil des ans une grande fête populaire. Le Tour de France, épreuve sportive de 3500 km, fait rayonner l’image de la France sur l’ensemble de la planète.
Le parcours du Tour est modifié chaque année, mais le format s’est stabilisé :
- Le Tour a lieu en juillet et dure environ 3 semaines (21 étapes et deux jours de repos) ;
- Il passe nécessairement par les Pyrénées et par les Alpes ;
- Il y a au moins deux contre-la-montre (épreuves individuelles de vitesse au cours desquelles les coureurs partent chacun à leur tour par ordre inversé du classement général) ;
- Le parcours déborde sur des pays voisins (selon les années l’Italie, la Belgique, l’Allemagne, l’Espagne ou les Pays-Bas…) ;
- L’arrivée se fait sur les Champs Elysées.
Le Tour de France est la plus grande course cycliste du monde qui du fait de son prestige tend à éclipser d’autres courses de premier plan : Paris/Roubaix, le Critérium du Dauphiné ou Milan/San Remo.
Le Tour a participé à la professionnalisation du cyclisme avec l’arrivée des sponsors, avec l’irruption des agents, le recrutement de plus en plus tôt des jeunes coureurs à qui on propose des contrats « pro », avec les déséquilibres financiers, avec les équipes les plus fortunées qui pillent les meilleurs jeunes des clubs les moins bien lotis. Des évolutions qui rappellent celles du football.
Un point noir dans cette description : les affaires de dopage dans les années 1990 et 2000. On sait que dès les premiers Tours de France, les coureurs absorbaient des produits (comme la morphine) destinés à réduire leur souffrance. Après 1945, le dopage s’est généralisé du fait d’enjeux financiers de plus en plus importants et de la mise à disposition des coureurs d’une gamme de produits plus large (comme les amphétamines, la testostérone ou l’EPO). Alors que l’utilisation de substances prohibées se faisaient de manière artisanale, on est passé dans les années 1990 à une industrialisation de la triche.
La loi du silence a longtemps prévalue avant qu’une série d’affaires ne défrayent la chronique. Nombreux ont été les coureurs cyclistes qui ont été montrés du doigt, fait l’objet d’une suspicion permanente ou déchus de leurs titres : Marco Pantani, Richard Virenque, Lance Armstrong… Il fallait faire tomber des têtes.
Le dopage sape l’intégrité du sport et va à l’encontre des objectifs des compétitions (Tour de France, Jeux Olympiques, Championnats du monde…), c’est-à-dire mettre en valeur l’excellence athlétique à partir de règles du jeu équitables. Les athlètes dopés et leurs équipes « médicales » minent le sport comme les insectes xylophages qui creusent des galerie sous l’écorce des arbres. Le dopage n’est pas propre au cyclisme (l’athlétisme a été aussi fortement touché), mais il s’est révélé être systématique dans cette discipline et donc fausser durablement les résultats sportifs. L’étendue du dopage a failli anéantir la crédibilité sportive du Tour de France. Les amoureux du cyclisme ne pouvaient que détester cette évolution délétère.
| L’Agence Mondiale anti-dopage L’AMA est une organisation internationale indépendante chargé de combattre le dopage dans le sport. Elle a été créée en 1999 en réponse au scandale Festina dans le cyclisme. La loi Rodchenkov L’ancien directeur du laboratoire antidopage de Moscou, Grigory Rodchenkov, est à l’origine des révélations sur le dopage de grande échelle organisé en Russie entre 2011 et 2015. La loi Rodchenkov adoptée par le Congrès américain est une réponse aux réactions jugées insuffisantes de l’AMA et du Comité International Olympique (CIO) pour sanctionner la Russie pour sa politique frauduleuse en la matière entre 2011 et 2015. De nombreuses critiques se sont élevées contre cette loi – portée par Travis Tygart, le patron de l’Agence antidopage américaine (USADA) – qui constitue une nouvelle tentative des Etats-Unis d’étendre leur juridiction intérieure à d’autres pays. |
Sans aller jusqu’au dopage, les équipes cyclistes s’efforcent de contrôler scientifiquement les performances des coureurs avec parfois des méthodes qui flirtent avec les limites de la légalité. Comme a pu le dire le journaliste du journal L’Equipe Alexandre Roos :
« Le cyclisme a entamé sa révolution de la nutrition, qui rassemble aussi bien l’alimentation et l’hydratation en course ou à l’entraînement que celle de tous les jours lors des repas, dans la récupération. […] L’apparition des capteurs de glycémie, que l’on fixe sur un bras, a ainsi constitué une première aide importante pour améliorer la nutrition de l’effort. Les départements performance des équipes bouillonnent d’innovations et de développements. Certaines équipes ont ainsi fait passer des tests ADN à leurs coureurs pour découvrir s’il y a dans leur patrimoine génétique, au niveau de leur appareil digestif, de leur flore intestinale, des freins à la performance. D’autres nouent des partenariats avec des entreprises qui travaillent dans le domaine de l’endocrinologie, du diabète, des pancréas artificiels, pour parvenir à un meilleur suivi et à une meilleure régulation de la glycémie. »
Pourquoi aime-t-on autant le Tour de France ? Les années passent, le show représenté par le Tour ne déçoit jamais et les coureurs continuent à écrire sa légende.
Le Tour est une course enracinée dans l’histoire de France, mais qui a su acquérir une portée universelle en dépit d’une généralisation du dopage dans les années 1990 qui aurait pu remettre en cause l’existence de l’épreuve. Heureusement des mesures de contrôle systématique ont été mises en place. De l’obscurité peut naître la lumière.
Le Tour est un succès populaire, mais aussi économique : les organisateurs ont su attirer des grandes marques qui utilisent le marketing sportif et l’image du sport pour enforcer leur identité auprès des consommateurs.
| Ephémérides 1910 – Premier contact entre le Tour et la haute montagne avec l’ascension du Tourmalet dans les Pyrénées. 1924 – L’Italien Ottavio Bottechia revêt le maillot jaune du début à la fin de cette 18ème édition qui a été une des plus longues de l’Histoire du Tour (5 400 km). Il franchit la ligne d’arrivée au Parc des Princes en vainqueur. 1930 – La caravane publicitaire est créée par Paul Thévenin, responsable publicité des chocolats Meunier. 1951 – Première ascension du Mont Ventoux (Vaucluse) connu pour la raideur de sa montée tout autant que sa chaleur en été. 1964 – Cette édition est dominée par le duel entre Anquetil et Poulidor (l’éternel second). 1965 – Le journal L’Equipe est acheté par Emilien Amaury. La gestion du Tour est confiée à la Société d’exploitation du tour de France, filiale du groupe Amaury. 1975 – Le Tour arrive pour la première fois sur les Champs Elysées à Paris. 1995 – L’Espagnol Miguel Indurain remporte cinq fois de suite le Tour, allant au-delà des exploits de Jacques Anquetil, Eddy Merckx ou Bernard Hinault. 1998 – L’affaire Festina révèle un système de dopage systématique au sein d’une équipe dont les coureurs sont exclus du Tour (notamment Richard Virenque). 2007 – Christian Prudhomme succède à Jean-Marie Leblanc à la direction du Tour de France 2024 – Le Tour part d’Italie pour la première fois. Une manière de fêter le centenaire de la première victoire d’un coureur italien, Ottavio Bottechia vainqueur des éditions 1924 et 1925). Le parcours du Tour a rendu hommage à trois autres champions italiens en passant par leurs terres natales ou lieux de leurs exploits sportifs: Gino Bartali (vainqueur 1938 et 1948), Fausto Coppi (vainqueur en 1949 et en 1952) et Marco Pantani (vainqueur 1998, surnommé il Pirata du fait de sa bandana). |
Lectures
Allchin Richard & Bell Adrian, Golden stages of the Tour de France : tales from the legendary stages of the world’s greatest bike race, Mousehold Press, 2003.
Boeuf Jean-Luc & Léonard Yves, « Les forçats du Tour de France », L’Histoire, n°277, 2003.
Boeuf Jean-Luc & Leonard Yves, La République du Tour de France (1903-2003), Seuil, 2003.
Goddet Jacques, L’Équipée belle, Robert Laffont/Stock, 1991
Londres Albert, « Les forçats de la route », reportage pour le journal Le Petit Parisien, 1924.
Mignot Jean-François, Histoire du Tour de France, La Découverte, 2014.
Thompson Christopher, The Tour de France : A cultural history, University of California Press, 2008.
Trabal Patrick & Duret Pascal, « Le dopage dans le cyclisme professionnel : accusations, confessions et dénégations », Staps, vol. 60, pp. 59-74, 2003.