« Un sport de voyous pratiqués par des gentlemen »
C’est une formule que l’on utilise souvent pour souligner les origines britanniques de ce sport. Le rugby est en effet un sport d’origine anglaise (au départ une variante du football) dont les règles ont été définies une première fois en 1846 dans la ville de Rugby (près de Coventry dans le centre du pays). C’est dans les années 1860 que la séparation entre rugby et football devient très nette en Angleterre, avec la création de deux fédérations séparées. L’introduction du rugby en France date des années 1870. Sur le plan institutionnel, le rugby est intégré dans l’Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques (USFSA, créée 1889) et le premier championnat national est mis en place en 1892 (entre clubs parisiens, avec la domination du Stade Français). Pierre de Coubertin inscrit le rugby à 15 au programme des JO de 1900 de Paris. La Providence fait bien les choses puisque le titre olympique est conquis par une équipe parisienne aux dépens de deux malheureuses équipes de clubs représentant l’Allemagne et l’Angleterre (« A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ! »).
Par la suite, le championnat français intègre le clubs de Province et le rugby s’émancipe en ayant sa propre fédération (création de la Fédération Française de Rugby, FFR, en 1920).
| Le rugby et les Jeux Olympiques Le rugby à 15 a été une discipline olympique lors de quatre éditions : 1900, 1908, 1920 et 1924. Il a été retiré ensuite du programme olympique après le départ de Pierre de Coubertin (grand amateur de ballon ovale) et faute de combattant (seule trois équipes étaient présentes en 1924). Le rugby a été réintroduit sous sa variante à 7 aux Jeux Olympiques de Rio. |
Longtemps pratiqué par des amateurs, avec une forte insertion locale et régionale, le rugby français a basculé dans le professionnalisme à partir du milieu des années 1990, une évolution qui a bouleversé les équilibres financiers des clubs de l’élite. Initiée par l’Angleterre en 1995, le basculement vers le professionnalisme se fait vraiment en France en 1998 avec la création d’un championnat professionnel (la Ligue nationale de rugby) et la volonté de réduire le nombre de clubs formant l’élite pour gagner en attractivité. Ainsi le nombre de clubs passe de 20 en 1998, à 16 en 2001 et à 14 en 2005. En 25 ans, sous l’impulsion d’une nouvelle génération de Présidents de clubs (Jacky Lorenzetti au Racing 92, Mohed Altrad à Montpellier, Mourad Boudjellal à Toulon et Max Guazzini au Stade français) ), le budget moyen des clubs de première division a été multiplié par dix pour atteindre en moyenne aujourd’hui 30 millions d’euros.
La France est devenue progressivement une terre rugby avec aujourd’hui près de 1 900 clubs et près de 250 000 licenciés. Ce succès est surtout le fait du Sud-Ouest du pays (l’Occitanie et la Nouvelle Aquitaine : avec des clubs comme Toulouse, Perpignan, Bordeaux-Bègles, Biarritz…), le rugby étant peu pratiqué en Bretagne, dans le Nord et dans l’Est de la France. Les inégalités dans la pratique de ce sport se retrouvent au niveau international : les Coupes du monde de rugby et les matchs internationaux sont dominés par quelques pays : l’Afrique du Sud, la Nouvelle Zélande, l’Australie, l’Angleterre, l’Irlande et la France. Le succès du rugby en Argentine et au Japon sont des contre-exemples en Amérique latine et en Asie.
La force du rugby en France repose sur le nombre de licenciés, sur sa participation chaque année au Tournoi des Six Nations (confrontation avec les meilleurs équipes européennes), mais aussi sur le fonctionnement de son championnat (TOP 14) au sein duquel ont évolué des joueurs de légende : le troisième ligne Sébastien Chabal dit « l’homme des cavernes », l’ouvreur anglais Jonny Wilkinson dit « King Jonny », le massif pilier tonguien Ben Tameifuna dit « Big Ben » (148 kg) et bien sûr le demi de mêlé Antoine Dupont, la star du XV de France.
Le TOP 14 est considéré comme le Championnat le plus compétitif de la planète attirant nombre de joueurs étrangers, on peut citer d’autres joueurs : le troisième ligne Siya Kolisi, Afrique du Sud ; le pilier Nepo Laulala, Nouvelle Zélande ; l’arrière italien Ange Capuozzo ; le troisième ligne Sam Whitelock, Nouvelle Zélande… La migration des rugbymen étrangers de haut niveau vers le championnat français démontre le niveau d’excellence atteint par le TOP 14.
Le TOP 14 a bénéficié des difficultés rencontrées par la Ligue anglaise. La Premiership s’est tiré une balle dans le pied en construisant un championnat fermé (suppression des montées et des descentes) et en spéculant – comme dans le sport américain – sur la valeur des équipes. Dans ce système puisqu’un investisseur n’a pas intérêt à acheter un club de deuxième division, il est finalement contraint d’acquérir un club de première division. La suppression dans le rugby anglais de la promotion/relégation a tué les clubs de deuxième division. Depuis la situation a encore changé, puisque les clubs anglais viennent d’abandonner le système de ligue professionnelle fermée.
| Stade toulousain | 23 |
| Stade français | 15 |
| AS Béziers | 11 |
| Agen | 8 |
| Lourdes | 8 |
| Stade bordelais | 7 |
| Racing 92 | 6 |
| Biarritz olympique | 5 |
| Castres olympique | 5 |
| Toulon | 4 |
Nombre de titres de Champions de France de rugby
Si le TOP 14 reste plus ouvert que la Ligue 1 de football (domination du PSG), il n’en reste pas moins vrai que depuis une vingtaine d’années c’est le Stade toulousain qui a tendance à dominer les débat (Toulouse est l’équipe de référence, au palmarès européen et national inégalé). Lors de la Finale 2024 du TOP 14, le Stade toulousain s’est même permis d’écraser son rival d’un soir (l’Union Bordeaux-Bègles, UBB) sur un score de 59 à 3, en combinant réalisme, audace et panache !
| Le Tournoi des Six Nations Compétition de rugby qui voit chaque année une confrontation entre : la France, l’Angleterre, l’Irlande, l’Ecosse, le Pays de Galle et l’Italie. Tout commence avec le « Home Nations Championship », rencontre entre les Nations britanniques. La France rejoint cette compétition en 1910 (le Tournoi des 5 Nations) et l’Italie en 2000 (le Tournoi des 6 Nations). |
| Antoine Dupont, superstar Demi de mêlée du Stade toulousain, Antoine Dupont est un joueur de rugby d’exception. Il intègre l’équipe de France de rugby à 7 en 2023 pour préparer les Jeux Olympiques de Paris. Il est aussitôt élu rookie de l’année par le HSCB World Rugby Sevens Series. Il crève l’écran lors de la finale des JO de Paris, à la suite d’actions décisives il permet à la France de décrocher une médaille d’or. |
Le rugby, sport inventé par les Anglais, a conquis le coeur des Français dans un environnement très anglosaxon. L’équipe de France de rugby a brillé à plusieurs reprises au sein du Tournoi de 6 Nations. Deux fois finalistes de la Coupe du monde de rugby, elle est toujours à la recherche d’une victoire dans cette compétition. Les supporters n’attendent que cela ! La France terre de rugby est en passe de devenir la terre du meilleur rugby.
Lectures
Collins Tony, The oval world. A global history of rugby, Bloomsbury, 2016.
Escot Richard & Rivière Jacques, Un siècle de rugby, Calmann-Lévy, 2015.
Farr-Jones Nick, Story of the Rugby World cup, Australian Post Corporation, 2013.
Garcia Henri, La fabuleuse histoire du rugby, éd. De la Martinière, 2004.
Ninet Ludovic, Petit éloge du rugby, Editions Les Pérégrines, 2023.