Le football mondial et européen est de nos jours structuré par deux grandes organisations internationales :
- La FIFA, Fédération Internationale de Football Association ;
- L’UEFA, Union des Associations Européennes de Football.
Ces deux organisations n’ont cessé d’élargir leur influence. Ces organisations sont à but non lucratif, mais leur budget annuel est important (7 milliard de dollars pour la FIFA, 5 milliards pour l’UEFA). La FIFA a été créée à Paris en 1904 (dans les locaux de l’Union Française des Sports Athlétiques), sa mission est de gérer le football à l’échelle internationale. Son siège social est actuellement à Zurich. Prenant acte du succès populaire des matches de football aux Jeux Olympiques, la FIFA a organisé en 1930 la première édition de la Coupe du monde. La FIFA chapeaute les organisations continentales du football (l’UEFA pour l’Europe, la CAF pour l’Afrique, l’AFC pour l’Asie…).
Tableau 1 – Les Présidents de la FIFA
| Durée du mandat | Nom | Nationalité | Parcours |
| 1904 – 1906 | Robert Guérin | Française | Journaliste au quotidien Le Matin |
| 1906 – 1918 | Daniel Burley Woolfall | Anglaise | Membre du conseil d’administration de la Fédération anglaise de football |
| 1921 – 1954 | Jules Rimet | Française | Principal artisan de la création de la coupe du Monde en 1930 |
| 1954 – 1955 | Rodolphe Seeldrayers | Belge | Journaliste et dirigeant sportif |
| 1955 – 1961 | Arthur Drewry | Anglaise | Président de la Fédération anglaise de football |
| 1961 – 1974 | Stanley Rous | Anglaise | Arbitre, secrétaire de la Fédération anglaise de football |
| 1974 – 1998 | Joao Havelhange | Brésilienne | Ancien nageur et joueur de water-polo |
| 1998 – 2015 | Sepp Blatter | Suisse | Homme d’affaires, ancien Directeur des programmes de la FIFA |
| 2015 | Gianni Infantino | Suisse – Italie | Juriste et dirigeant sportif |
L’UEFA joue le même rôle que la FIFA, mais à l’échelle européenne et sous l’égide de la FIFA. Cette organisation a été créée en 1954, à l’occasion de la Coupe du monde de football qui avait lieu en Suisse. Les membres de l’UEFA sont les fédérations nationales de football et non pas les Etats. Le siège de l’UEFA est à Nyon en Suisse. Dominé par un petit groupe de dirigeants sportifs et indirectement par des représentants des grandes marques (Adidas, Coca-Cola, Nike…), la FIFA et l’UEFA sont des organisations de professionnels du sport et de notables. Elles sont des symboles par excellence de la mondialisation du sport et de l’emprise croissante du « sport business ».
Ces deux organisations ont été construites sur la base d’une structure pyramidale et monopolistique, dotée de pouvoirs de réglementation et d’octroi de licences très étendus. Leur rôle est très important dans la structuration des compétitions de football, sport roi qui réunit les plus grosses audiences à l’échelle des continents et du monde dans son ensemble.
Le FIFA soutient financièrement et logistiquement de très nombreuses fédérations nationales (211) et joue ainsi un rôle central dans le domaine social (accès des jeunes à la pratique sportive).
Tableau 2 – La répartition des rôles entre la FIFA et l’UEFA
| Compétition | Equipes | Périodicité et ancienneté | Organisateurs et détenteurs des droits de diffusion | Fonctionnement |
| Coupe du monde | Sélections nationales | Tous les 4 ans, depuis 1930 | FIFA | 32 pays sélectionnés sur une base continentale |
| Euro, championnat d’Europe | Sélections nationales | Tous les 4 ans depuis 1960 | UEFA | 24 pays européens pré-sélectionnés |
| Ligue des champions | Clubs | Annuelle depuis 1955 | UEFA | Confrontation entre les clubs les mieux placés dans leurs championnats |
| Ligue Europa | Clubs | Annuelle depuis 1971 | UEFA | Confrontation entre les clubs les mieux placés dans leurs championnats à l’exception de ceux qui vont en Ligue des champions |
L’imperium de la FIFA et de l’UEFA a été ébranlé par trois événements :
1/ L’arrêt Bosman (1995) constitue une remise en cause des restrictions à la liberté du travail imposées par l’UEFA (Binder & Murray, 2012). Dans cet arrêt, la Cour de Justice de l’Union Européenne invalide les règlements de l’UEFA imposant des quotas par nationalités pour les joueurs des clubs européens considérant que ces restrictions sont contraires à l’article 38 du Traité de Rome sur la libre circulation des travailleurs entre les Etats membres. Depuis l’adoption de cet arrêt, il est impossible de restreindre le nombre de sportifs ayant une nationalité européenne dans un club ;
2/ Des scandales liés à la corruption au sein de la FIFA. En 2015, le président de la FIFA Sepp Blatter est contraint de démissionner alors qu’il entamait un cinquième mandat (il est alors remplacé par Gianni Infantino). Sepp Blater entraîne dans sa chute Michel Platini (le Président de l’UEFA de l’époque) à propos d’une sombre affaire de paiement sans contrat écrit. Ces scandales ont été des accrocs dans un parcours jusqu’à là consensuel (des affaires qui ont révélés des déchirements internes au sein des instances européennes et internationales du football) ;
3/ L’afflux d’argent pousse à l’organisation de compétitions parallèles organisées par des opérateurs privés et échappant au pouvoir financier et disciplinaire de l’UEFA, désormais engagée dans un rapport de force avec les grands clubs (projet de Super League). Des grands clubs comme le Real Madrid ou Barcelone aimeraient prendre le contrôle d’un championnat européen où ils auraient chaque année leur place assurée (à l’image des franchises de la NBA) ; ils ne menacent pas l’UEFA avec des pistolets en plastique, il y a un véritable risque de sécession. Ces clubs se voulaient les fossoyeurs de la Ligue des champions, mais leur révolte en 2021 a tourné pour l’instant au fiasco.
Cependant, en 2023, la Cour de Justice européenne a rendu son verdict en rappelant les règles au fondement du droit européen de la concurrence : la FIFA et l’UEFA ne peuvent s’opposer à la création d’une Super League par des opérateurs privés. Un revirement dans la jurisprudence dans la mesure où l’on considérait jusqu’alors que les dispositions anti-trust ne s’appliquaient pas aux organisations sportives. Notons que le projet de Super League est pour l’instant resté lettre morte puisque plusieurs clubs majeurs (PSG, AS Roma, Bayern de Munich, Atletico Madrid, Manchester United) se sont opposés à ce projet.
Cette pression des grands clubs a conduit en 2024 à une réforme de la Ligue des Champions avec 36 clubs sur la ligne de départ, contre 32 jusqu’alors. Il n’ y a plus de matchs de poule en aller et retour. Chaque club rencontre 8 adversaires tirés au sort lors d’une première phase (4 à domicile, 4 à l’extérieur). Les huit premiers au classement global seront qualifiés pour la suite de la compétition (huitièmes de finale). Les 16 clubs classés de la 9ème à la 24ème disputent des matchs de barrage (un aller et retour contre un adversaire). Les clubs positionnés de la 25ème à la 36ème place sont éliminés. La suite de la compétition reste inchangée. Les huitièmes, quarts, demies en match aller et retour et finale sur une seul match en terrain neutre.
Le football s’est structuré à partir du début du XXème siècle autour de la FIFA, puis de son homologue l’UEFA. Les prérogatives de ces deux organisations sont aujourd’hui contestées au nom d’une trop grande concentration du pouvoir.
Dans la lutte pour la gouvernance du sport à l’échelle mondiale ou continentale (Chapelet, 2024), les rapports de pouvoir sont en train de se modifier du fait de la puissance financière et médiatique des grands clubs et de leurs propriétaires. Dans le football, la gouvernance à trois (CIO, Etats, FIFA/UEFA) compte désormais un acteur supplémentaire.
Lectures
FIFA 1904-2004, le siècle du football, ed. Cherche midi, 2004.
Binder John & Findlay Murray, « The Effects of the Bosman Ruling on National and Club Teams in Europe », Journal of Sports Economics, vol. 13 (2), pp. 107-129, 2012.
Chapelet Jean-Loup, « La lutte pour la gouvernance du sport mondial », numéro spécial ‘Géopolitique de l’olympisme’, Hérodote, n°192, 2024.
Desbordes Michel (sous la direction de), Marketing and football : an international perspective, Butterworth-Heinemann, 2007.
Gyimesi Andràs, « Competitive Balance in the Post-2024 Champions League and the European Super League: A Simulation Study », Journal of Sports Economics, 2024.
Vieli André, UEFA: 60 years at the heart of football, Nyon, 2014.