Back

Une histoire de l’Olympisme 

L’Olympisme est né en Grèce dans le Péloponnèse au VIIIème siècle avant J.-C. Des fêtes alliant chants, théâtre, poésies et affrontement sportifs – organisées en l’honneur de Zeus (Dieu suprême du ciel et de la foudre) et d’Hermès (le messager des Dieux) – sont organisées à Delphes, à Sparte, à Corinthe et à Athènes. Elles prirent le nom de Jeux Olympiques. C’est à Olympie, un sanctuaire religieux situé dans le Péloponnèse, que les épreuves les plus prestigieuses se déroulèrent. C’est aussi à Olympie que se trouvait la flamme sacrée qui brûlait en permanence sur l’autel de Zeus. 

Les Jeux Olympiques, organisés tous les quatre ans étaient une période de trêve entre les cités, un événement panhellénique (rassemblant les Hellènes, c’est-à-dire les Grecs). Ces Jeux avaient une dimension religieuse, éducative et militaire. Les vertus mises en avant dans la compétition étaient celles d’une aristocratie guerrière (le sport comme entrainement à la guerre). Ainsi une des compétitions les plus populaires était le « pancrace » (sorte de lutte au sol), épreuve qui est l’illustration du fait que le degré de violence autorisé était incomparablement plus élevé que les épreuves de lutte contemporaines. Comme le rappelle Norbert Elias (1976) : « Leontiskos de Messène qui remporta deux fois la couronne olympique durant la première moitié du Vème siècle (avant J.-C.) obtint ses victoires non pas en renversant ses adversaires, mais en leur brisant les doigts. Arrachon de Phigalie, deux fois vainqueur au pancrace, fut étranglé en 564 lors de sa troisième tentative pour obtenir la couronne olympique ; mais comme il avait réussi, avant d’être tué, à briser les orteils de son adversaire que la douleur avait contraint à l’abandon, les juges couronnèrent son cadavre. » 

Alors que les Romains étaient eux-mêmes des organisateurs hors pair de jeux et de spectacles (combats de gladiateurs, courses de chars…), l’empereur Théodose 1er interdit en 393 après J.-C. la tenue des Jeux Olympiques non pas au nom de la violence des confrontations entre athlètes, mais au nom de la lutte contre la débauche et contre le paganisme (lutte contre l’animisme et le polythéisme au nom de la défense de la religion chrétienne). 

Les Jeux ne seront pas rétablis avant la fin du XIXème siècle. C’est en 1894 que le baron Pierre de Coubertin décide de restaurer les Jeux sous une forme moderne en créant le Comité International Olympique (CIO). C’est ainsi que les premiers Jeux Olympiques de l’ère moderne sont organisés à Athènes en 1896. Le choix de la Grèce n’est pas anodin. C’est un retour aux origines de l’olympisme. 

Les Jeux suivants ont lieu à Paris en 1900 (organisés en même temps que l’Exposition universelle), puis à Saint-Louis en 1904 (les Jeux se tiennent aux Etats-Unis afin de démontrer le caractère universel de l’Olympisme), à Londres en 1908 (une manière pour la France de renforcer l’Entente cordiale avec l’Angleterre et la Russie)… Ce rétablissement (réinvention) des Jeux 

Olympiques marque à la fois le lien avec le passé (l’héritage grec) et, en même temps, il marque une rupture avec les pratiques antiques ou médiévales. Les Jeux Olympiques contemporains sont souvent présentés comme une renaissance des Jeux de l’Antiquité alors que les différences sont très importantes. 

Les Jeux modernes sont censés symboliser la paix, alors que du temps des Grecs ils étaient conçus pour préparer le corps des athlètes à la guerre. Ainsi après la Première Guerre mondiale, les JO de 1920 sont attribués à Anvers eu égard aux pertes humaines et aux destructions matérielles que la ville avait subi pendant le conflit. Pour fêter la paix et avec l’espoir de ne plus connaître la guerre, on lâcha des colombes dans le ciel (cette tradition fût maintenu jusqu’aux JO de Séoul de 1988, où malheureusement les colombes s’approchèrent de trop près de la flamme olympique et périrent carbonisées !). 

Le lancement du javelot aux Jeux Olympiques 
Héritier de la lance et des techniques ancestrales de la chasse et du combat, le javelot (déjà présent au travers du pentathlon dans les Jeux Antiques) est une discipline olympique masculine depuis les JO de Londres en 1908 et féminine depuis les JO de 1932. Chaque athlète a six essais pour propulser le plus loin possible son arme de jet. 

Dans l’entre-deux-guerres, l’Olympisme n’est pas un idéal partagé par tous les gouvernements. En 1928, l’Union soviétique organise une première Spartakiade (en référence à Spartacus, célèbre gladiateur qui a été l’instigateur d’une révolte des esclaves dans la Rome antique) afin de signifier l’opposition du régime marxiste aux Jeux Olympiques (supposés dominés par un esprit capitaliste). Les Spartakiades ont été des sortes d’olympiades ouvrières, des célébrations de la culture physique auxquelles étaient conviées une partie importante de la population. Il faudra attendre les Jeux Olympiques d’Helsinki (1952) pour que les athlètes russes concourent. 

De nombreux changement ont fait évoluer les Jeux Olympiques vers la forme que nous connaissons aujourd’hui : 

  • La violence pure a été proscrite ou en tout cas fortement encadrée (c’est une tendance générale dans le sport à l’exception de quelques disciplines comme la boxe ou le football américain); 
  • Les Jeux n’ont plus de connotation religieuse et ils ne jouent plus un rôle dans le processus de sélection des élites politiques et militaires ; 
  • L’augmentation du nombre de Nations participantes (206 pays présents aux JO 2024) ; 
  • D’abord réservé aux sportifs amateurs (une des valeurs fondatrices de l’olympisme et un des idéaux de Pierre de Coubertin) l’Olympisme moderne a ouvert la porte au professionnalisme à partir du début des années 1980 ; 
  • Le nombre de disciplines sportives, en nombre limité sous l’Antiquité (la lutte, le pentathlon) , s’est considérablement élargi. Ainsi pour les Jeux Olympiques de 2024, de nouvelles disciplines ont été inscrites ou confirmées à l’agenda : l’escalade, le skateboard, le surf, le kitefoil (planche de surf, avec un aileron immergé dans l’eau, s’élevant au-dessus de l’eau grâce à un cerf-volant) et le breaking ou break dance, danse acrobatique). Pour les JO de Los Angeles (2028), le CIO prévoit d’intégrer le Beach Sprint (course sur le sable et aviron en mer), le cricket e le base-ball. Les JO c’est toujours plus d’épreuves et toujours plus d’athlètes ! ; 
  • Les épreuves elles-mêmes se sont transformées ainsi le pentathlon moderne (escrime, natation, équitation, tir au pistolet et course à pied) est très différent du pentathlon antique combinait le saut en longueur, la course de stade, le lancer du javelot, la lutte et le lancer du disque ; 
  • Les Jeux sont devenus une arme politique aux main des pays (boycott) ou du Comité International Olympique (exclusion de certains pays à l’époque de l‘apartheid ou de l’invasion de l’Ukraine). Le stade a pu être un lieu d’expression politique pour les athlètes à l’image de Tommie Smith, champion célèbre pour son poing ganté de noir sur le podium des Jeux Olympiques de Mexico en 1968 (le recordman du 200 mètres voulait ainsi protester contre les inégalités, alors que, suite à l’assassinat de Martin Luther King les américains se déchiraient sur fond ségrégation raciale).
La participation des femmes aux compétitions olympiques 
Les femmes ont longtemps été marginalisées et leur pratique sportive limitée à la danse, au cerceau ou à la gymnastique. Leurs détracteurs (des hommes !) considéraient que le corps féminin était trop fragile pour supporter des efforts physiques intenses.  La première participation des femmes aux JO a lieu lors de l’édition de 1900 à Paris.  Lors des premières décennies de son fonctionnement, le CIO, composé exclusivement d’hommes ayant une vision traditionnaliste des rôles masculine et féminins, n’autorisa –– que parcimonieusement certaines épreuves féminines. Aux JO de 1900, les femmes ne sont autorisées à concourir qu’aux épreuves de tennis et de golf, et à des épreuves mixtes en voile et en équitation. Les épreuves d’athlétisme ne leur seront ouvertes que progressivement (à partir de 1928 avec notamment la course de 100m et le saut en longueur). La française Alice Miliat (1884-1957) jouera un rôle déterminant dans cette évolution en combattant l’opposition du CIO et en organisant de 1922 à 1934, quatre éditions des Jeux olympiques féminins.  Aux JO de 1948, Fanny Blankers-Koeh (surnommée « la Hollandaise volante » fait sensation. Elle gagne successivement la course du 100 mètres, le 200 mètres, le 80 mètres haies et le relais 4×100 mètres. Elle se voie interdire la participation aux épreuves de saut en hauteur et de saut en longueur (la réglementation du CIO interdisant aux femmes de concourir dans plus de trois épreuves individuelles). 

Aux JO d’Atlanta (1996), un tiers des athlètes sont des femmes. Du côté français, plusieurs championnes se démarquent : notamment Laura Flessel (escrime) et Marie-José Pérec (celle que l’on surnommait « la gazelle » remporte le 200 et le 400 mètres). 
Il faut attendre les JO de Paris (2024) pour que la parité hommes/femmes parmi les athlètes soit atteinte. 

L’histoire des JO modernes montre que la répartition des médailles olympiques entre les différents pays participants n’est pas aléatoire. Elle est directement liée à des variables démographiques (taille de la population), économiques (PIB ou PIB par tête), géopolitiques et au fait d’être le pays hôte des Jeux ou non. 

Les Jeux olympiques sont aujourd’hui avant tout un spectacle retransmis par les télévision du monde entier. Ce spectacle repose sur la confrontation d’athlètes venus de toute la planète. Sous le couvert d’idéaux universalistes, les JO restent un affrontement policé entre Nations. Ce rendez-vous quadriennal reste néanmoins un événement fédérateur. 

Olympic Rings, Basquiat et Warhol 
En 1985, juste après les JO de Los Angeles, Jean-Michel Basquiat et Andy Warhol peignent une toile qu’ils intitulent « Olympic rings ». Au centre de la composition se trouve un visage noir (celui d’un « homme invisible »), les anneaux olympiques s’entremêlent pour former une chaîne (le thème de la fraternité est remplacé par celui de l’emprisonnement). 

Lectures

Baade Robert & Matheson Victor, « Going for the gold: The economics of the Olympics », Journal of Economic Perspectives, vol. 20 (2), pp. 201-218, 2016. 

Bancel Nicolas (& al.), Histoire mondiale de l’Olympisme 1896-2024, Atlande Ed, 2023. 

Bourdieu Pierre, « Les Jeux olympiques. Programme pour une analyse », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n°103, pp. 102-103, 1993. 

Decker Wolfwang & Thuillier Jean-Paul, Le sport dans l’Antiquité. Egypte, Grèce et Rome, Picard, 2004. 

Kessler Christian, «1964: les premiers Jeux olympiques de Tokyo », L’Histoire, juillet 2021. 

Elias Norbert, « Sport et violence », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, vol. 2(6), pp. 2-21, 1976. 

Glo Pascal, 100 ans de Jeux, 1924-2024, L’Equipe, 2024. 

Hartmann Douglas, Race, culture and the revolt of black athletes. The 1968 Olympic protests and their aftermath, The University of Chicago Press, 2003. 

Tetart Philippe (& al.), Olympisme, une histoire du monde, éd. de La Martinière, 2024. 

Thuillier Jean-Paul, Le sport dans la Rome antique, Errance, 1996. 

Wawrzyniak Richard, Histoire(s) des Jeux Olympiques, Mareuil éditions, 2021. 

Young David, The Modern Olympics : A Struggle for Revival, Johns Hopkins University Press, 1996.